"L’orgue de la basilique Saint-Denys d’Argenteuil, construit en 1867 par le facteur Suret, fait
partie du patrimoine local et a contribué au rayonnement culturel de la ville. La France compte 6000 orgues recensés, dont 2000 instruments classés. Celui d’Argenteuil se composait de trois claviers et pédalier comportant trente et un jeux (dont une dizaine ayant appartenu à l’orgue XVIIIème siècle installé précédemment). Ayant souffert des bombardements, l’instrument est remis en état par le facteur Bossier en 1945. Bien des musiciens se sont succédés à son pupitre. Parmi ces contemporains, évoquons ici la mémoire et le rôle qu’a joué ma première femme, Elisabeth Havard de la Montagne (1927-1980).
C’est principalement son père, René Sedant qui initia Elisabeth dans cet art. Organiste à Châlons-sur-Marne et Lyon, il fut durant plus de 50 ans, maître de chapelle, organiste de la basilique d’Argenteuil et proche collaborateur de l’abbé Henri Delépine, maître de chapelle de la cathédrale d’Arras, puis directeur des Chanteurs de la Sainte-Chapelle à Paris. A 10 ans, la jeune Elisabeth devient à Argenteuil, l’élève de piano d’Elisa Espejo, la mère du compositeur César Espejo. A 14 ans, elle apprend auprès de Pierre Pavie, la technique de l’instrument, mais également l’art d’accompagner le chant grégorien, les choeurs polyphoniques, l’office liturgique... En 1944, Elisabeth, tout juste âgée de 17 ans, devient la nouvelle titulaire du grand-orgue d’Argenteuil !
Encouragée par ses parents, elle rentre à l’Ecole supérieure de musique César-Franck en 1946. Elle y eu notamment, comme professeur Guy de Lioncourt qui a formé une multitude d’élèves renommés. Tout en suivant ces cours, elle assure le casuel et les offices dominicaux à la basilique d’Argenteuil et de plus, dispense de nombreuses leçons de piano à quelques Argenteuillais privilégiés. Elle dirige en même temps un ensemble vocal, suivant l’importance des cérémonies religieuses et même parfois renforcé d’instruments. A cette époque avant les réformes appliquées à la suite de Vatican II, la vraie musique tenait une place importante dans les offices ! Egalement élève à César-Franck, je fis sa connaissance en 1946. Tout en fondant ensemble une famille, nous avons poursuivi en chœur notre passion pour cet instrument et ce métier, tout en nous fixant à Argenteuil.
En 1969, Elisabeth lança l’idée d’une restauration des instruments 
de la Basilique d’Argenteuil qui avaient souffert du temps. Avec l’aide de divers mécènes et de la Municipalité de Victor Dupouy, le facteur d’orgues Gonzalez procéda d’abord à une remise en état de l’orgue de chœur (construit par Abbey). Elle fut suivi, en 1971-1973, d’une restauration-agrandissement du grand orgue.
Il fut inauguré en juin 1973 : un mémorable récital d’Elisabeth,
avec le concours de l’ensemble vocal de l’Ecole de musique d’Argenteuil sous la direction de Michel Piquemal !
Aujourd’hui, un projet d’une nouvelle restauration nécessaire à ce magnifique instrument, le plus grand du Val d’Oise, resté une des principales préoccupations d’Elisabeth, est à l’étude.
Disparue prématurément en 1980, cette organiste liturgique, organiste concertiste (avec ou sans le Chœur et l’Ensemble instrumental de la Madeleine et d’autres grands Ensembles à Argenteuil ou en province), organiste claveciniste et pédagogue (concerts éducatifs dans les écoles, fondatrice de l’Ensemble Cembalo-Chitarra, puis le duo Harpe et Clavecin de Paris avec Jacqueline Bender), était appréciée pour son jeu sensible et inspiré. Elle laisse un souvenir vivace chez ceux qui, à la Basilique d’Argenteuil ou à l’Eglise de La Madeleine - où elle officiait comme organiste suppléante - l’ont entendue et connue. Deux plaques à sa mémoire ont été apposées à la Basilique, une association et le site internet "Musica et Mémoria" contribuent à entretenir son souvenir". Propos recueillis par Marc Zajdenweber
Joachim Havard de la Montagne est né en 1927. De 1947 à sa retraite en 1996, cet organiste, compositeur fécond, musicologue reconnu, et chef d’orchestre a servi avec brio la musique religieuse notamment à Paris (églises Sainte-Marie des Batignolles, Sainte-Odile, synagogue libérale Copernic). Maître de chapelle à la Madeleine à Paris, assisté de son épouse Elisabeth, organiste et claveciniste, il créa en 1971-1974, les Chœurs et l’Ensemble Instrumental de la Madeleine (plus de 200 concerts qui attireront des milliers de parisiens).
Joachim Havard de la Montagne est également Médaillé de la Ville de Paris, officier de l’Ordre national du Mérite au titre des arts et des lettres, Grand Prix International de l’Académie du Disque Lyrique (1978 et 1994) et Commandeur de l’Ordre pontifical de Saint-Grégoire-le-Grand.
Source : Mairie d'Argenteuil - http://www.argenteuil.fr