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Du village à la ville nouvelle 

 

Avec sa situation privilégiée et prisée au bord de l’Oise, son passé de village viticole, Jouy-le-Moutier est riche d’une histoire que les Jocassiens découvrent au fil des années et que la municipalité s'attache à faire connaître.

La municipalité de Jouy-le-Moutier a créé le Groupe histoire et patrimoine afin de répertorier, d'étudier, de sauvegarder et de promouvoir le patrimoine jocassien. Il s'agit également de valoriser la trace que les activités humaines ont laissée sur le territoire communal ainsi que dans la mémoire de ses habitants.
Ce groupe animé par Eliane Lucine, responsable de la médiathèque, est constitué de conseillers municipaux, de membres des comités consultatifs et de bénévoles.
Il se réunit régulièrement à la médiathèque et prépare chaque année les Journées du patrimoine.

 

Le village 

 

Image miniature

Un habitat et un mode de vie longtemps façonnés par la culture de la vigne.






 

L’isolement du village
Le Village est isolé jusqu’en 1850 : le relief est largement responsable de cet isolement. Il n’y aucun accès facile vers les plateaux du Vexin.
La présence de la butte de l’Hautil, dont la table boisée culmine à 180 m NGF, barre le passage vers les villages du Vexin.
L’Oise est une voie de communication vers Paris mais seulement au départ de Pontoise et d’Andrésy. Pour Jouy-le-Moutier, elle gêna au contraire les relations à courtes distances qui caractérisaient l’ancienne économie. Les grands axes ont donc évité la commune qui ne ressent guère, jusque vers 1850, les influences urbaines de Paris, Poissy et Pontoise.

Jouy, village viticole
Le vignoble était un élément important dans l’économie du village. C’est lui qui modèle le paysage, le village et les mentalités jusqu’au XIXème siècle.
L’habitat est concentré en une série de petits hameaux d’une centaine d’habitants chacun. Les maisons rurales se pressent au flanc du coteau, assises sur le calcaire lutétien tandis que l’affleurement de sable est utilisé par la route.
Les murs et les clos de vignes sont constitués d’une terre jaune qui s’effrite. Les murs de pierre existent dans la partie la moins ancienne.
On distingue deux types de construction : les maisons de pierre qui ont une cour fermée et une organisation adaptée à la polyculture et la " maison bloc ", en hauteur, plus répandue, caractéristique de la société vigneronne.
Le parcellaire est très morcelé et complexe du fait de la polyculture et de la surcharge démographique fréquente. Nombre de parcelles sont closes de mur. Ce type de parcellaire est responsable d’une forte inertie.

On assiste à une période d’expansion démographique au XVIIIème siècle. En 1790, la population de Jouy-le-Moutier compte 880 habitants. Elle n’atteindra plus ce chiffre avant 1950. On ne constate pratiquement pas d’exode ni d’immigration. Les influences urbaines demeurent insignifiantes jusque vers 1850, période à partir de laquelle on constate un exode rural non négligeable puis, dès 1880 une forte immigration.
En effet, sous le Second Empire, les chemins ruraux, bourbiers impraticables à la moindre pluie, font l’objet de grands travaux.
Le pont suspendu de Neuville est construit en 1839. A partir de 1900, le chemin de fer, dont on attend beaucoup, est installé. Mais c’est finalement l’automobile qui porte la responsabilité de la transformation contemporaine. On assiste à la modernisation de la polyculture et surtout à un changement dans la structure démographique.

 

Vignes

De la culture de la vigne à son extinction 

 

Enserré entre coteau et Oise, Jouy-le-Moutier était un village de vignerons. Son plan d’intendance, réalisé en 1786, dénombre en effet 150 arpents de vignes, soit 12% de sa superficie. Retrouvez ici l'histoire de ce passé viticole à travers les recherches de Véronique Daver, menées avec le concours de collectionneurs, de personnalités locales et d'historiens.

Des noms de rues évocateurs, des maisons aux murs à os de mouton qui abritent encore caves et celliers, quelques ares de vignes encore présents, l’ancienne auberge Saint-Vincent, témoignent de cet important passé.
La culture de la vigne à Jouy, au même titre que la viticulture parisienne, se développa sous l’égide des abbayes, "parce qu’elle était indispensable à la célébration du culte mais aussi parce qu’elle était la source de nombreuses perceptions".
Propriétaires de nombreuses vignes sur la paroisse, les abbayes Saint-Martin de Pontoise et du Val, près de l’Isle-Adam, mais surtout le chapitre Notre-Dame de Paris en favorisèrent le développement. "La proximité du vaste marché parisien et de l’Oise navigable a dû également jouer un rôle primordial".
Enfin, bâti sur le flanc d’un côteau, Jouy-le-Moutier possède un terroir propice à la culture de la vigne.
Le vin produit était un vin de qualité qui, au cours des XVIIe XVIIIe siècles, dégénéra : privilégiant la quantité au détriment de la qualité, comme partout en région parisienne, le changement de cépages nobles au profit du Gamay, cépage de plus gros rendement, provoqua cette baisse de qualité.

Les recherches menées par Véronique Daver ont fait l'objet d'une exposition à Jouy-le-Moutier, avec le concours de :

Photo Somers, Préinventaire du Val-d’Oise

Archives Nationales

Archives Départementales des Yvelines

Archives Départementales du Val d’Oise , et tout particulièrement  M. LAPALU

Bibliothèque Nationale

Mme BILLOT, Directrice de recherche au CNRS
Françoise WARO, Historienne
Mme VALETON, collectionneuse de cartes postales anciennes
Mme SOMERS, de l’Inventaire du Val d’Oise
Gabriel LAINE, Maire de Jouy-le-Moutier
Raymond THIBERVILLE et Francis THIBERVILLE pour leur participation active à l’exposition
M. HERMANT

M. HERVY, Conservateur du Musée du Vin à Paris

M. MIRBELLE, Conservateur du Musée du Vieil Argenteuil
M. CAUSSE, Directeur des éditions Causse à Montpellier
Guy LE BRETON, collectionneur de cartes postales anciennes.

 

La culture de la vigne 

Echalas sur les coteaux (carte postale)
Echalas sur les coteaux (carte postale)

 

Propriétaire d’un terrain excédant rarement trois hectares, le vigneron "louait" également ses services auprès des propriétaires de vignes dites "bourgeoises" c’est-à-dire appartenant à des abbayes ou des propriétaires urbains.

Dans le cas d’une vigne appartenant à une abbaye, le vigneron était généralement rémunéré à la tâche et convenait avec le propriétaire d’un prix forfaitaire, comprenant six façons ou travaux (trois labours, la taille, le fichage des échalas et le provignage) qu’il devait effectuer sur les un ou deux arpents de vigne qu’il se chargeait de cultiver pour le propriétaire.
Lorsque la vigne appartenait à un propriétaire urbain, le vigneron louait le terrain pour un temps bien déterminé et selon les modalités préalablement fixées dans un bail à ferme, à charge pour lui de s’acquitter d’une certaine somme d’argent qu’il devrait, chaque année, au propriétaire.
Ces baux nous informent sur la manière dont on cultivait la vigne et notamment une technique culturale bien particulière : le provignage.
Le provignage consiste à coucher en terre dans une fosse, qui sera ensuite fumée, un cep entier dont les pousses enracinées donneront autant de nouveaux ceps (le vigneron en sélectionne généralement trois) qui reproduiront fidèlement la souche-mère. Cette technique permet ainsi au vigneron de renouveler sa vigne à moindre frais, le prix d’un plant étant élevé.
Une vigne régulièrement provignée présente un aspect anarchique où se multiplient les échalas qui servent de tuteurs aux pieds de vigne, extrêmement serrés puisqu’ils pouvaient être au nombre de 20 000 à l’hectare. Aspect donc très différent des rangées droites de nos vignes actuelles aux ceps bien espacés, comme en témoignent les deux photographies.
Cependant le provignage présente un inconvénient majeur  :  le coût d’entretien de la vigne.
En effet, l’achat du fumier et surtout des échalas, les travaux de la vigne rendus plus délicats en raison de cet aspect "en foule", aussi bien en temps qu’en main d’oeuvre, entraînent une dépense non négligeable pour le vigneron.
Ce n’est que vers le milieu du XIXe siècle que certaines communes, abandonnant le provignage, présentèrent des vignes aux rangées droites de ceps bien espacés, tandis que l’apparition du fil de fer, à la fin de ce même siècle, entraîna la disparition progressive des échalas. Dès lors, ce fut les fils de fer, tenus par des piquets, qui conduisirent les sarments. Ce changement ne se fit cependant que très progressivement, comme en témoignent les cartes postales du début du siècle présentant encore des vignes provignées.

 

Le ban de vendange 

 

Le ban de vendange, proclamé par le seigneur, fixait la date d’ouverture des dites vendanges, à laquelle tout vigneron devait se conformer.

Il faisait également mention d’une date de grappillage, fixée généralement quelques jours après le début de la vendange.
Cette date était déterminée à partir de l’état de maturité du raisin, dont les principaux vignerons et messiers avaient rendu compte auprès du seigneur.
Les messiers étaient d’ailleurs des gardes chargés de surveiller les vignes au moment où le raisin commence à mûrir afin d’éviter tout grappillage.
Ainsi, le vigneron ne pouvait commencer sa vendange avant cette date officielle, sous peine d’amende et de confiscation de sa récolte. Il pouvait cependant obtenir une dérogation pour faire le "vin d’avant-vendange" qui permettait de désaltérer les vendangeurs au moment de la récolte.
Après la Révolution, le ban fut théoriquement abandonné, chaque propriétaire pouvant à sa guise commencer la vendange, selon le décret du 28 septembre 1791.
Cependant les paroisses, déjà soumises au ban, le maintenaient pour les vignes non closes, pour des raisons de sécurité et d’ordre public.
Ce fut dès lors le maire, sur l’avis des vignerons et des messiers, qui fixa la date du début des vendanges.

 

La vie du vigneron à travers les inventaires après décès 

 

Les inventaires après décès de vignerons cultivateurs sont une source d’informations précieuses pour qui veut connaître leur vie quotidienne : chaque objet et instrument de travail étant prisés, la maison décrite très précisément.

Outils du vigneron
Ils sont peu nombreux et constituent un faible investissement pour ce dernier, contrairement au matériel vinaire destiné à la fabrication (cuve) et à la conservation (tonneaux) du vin.
Les outils de base sont : la binette, la serfouette, l’hoyau, la houe fourchue et la houe simple. Sont également répertoriés et prisés les hottes et bachoux, nécessaires à la vendange, ainsi que le fumier et les échalas pour la culture de la vigne.

Matériel vinaire
Il est beaucoup plus onéreux pour le vigneron. L’inventaire après décès de 1851 prise ainsi à 139 francs "une cuve à vin en bois de chêne garnie de sa planche, un lot de vieilles planches à cuve". Précision importante quant à la garniture de la cuve car, encore au début de ce même siècle, beaucoup de vignerons laissaient leur vin fermenter dans la cuve à l’air libre, ce qui risquait d’aigrir le vin.  
La distinction entre vin nouveau et vin vieux est également faite, le vin nouveau coûtant généralement plus cher que le vin vieux, ce dernier se conservant encore très mal.

Maison du vigneron
Méticuleusement décrite, elle comporte pour ce XIXe siècle un cellier, où se trouve la cuve et destiné à la fabrication du vin, une cave à vin, pratiquée sous la maison ou de plein pied, destinée à la conservation du vin, ainsi que d’une grange, une écurie et surtout une cour, souvent présente dans la maison vigneronne et nécessaire en raison du mode d’exploitation de la vigne.
Enfin, outre la vigne, les cultures de seigle, orge, blé, poix, lentilles sont également mentionnées, le vigneron, pour sa consommation personnelle comme pour la vente, étant aussi producteur d’autres cultures dont les plantations étaient parfois situées entre les rangées de ceps et au bout des sillons.

 

Production et fiscalité 

Pressoir
Pressoir

 

Sous l’Ancien Régime, les paysans constituaient les trois quarts de la population française. C’était donc sur eux que pesait le plus le poids de la fiscalité, alors extrêmement lourde et complexe.

Outre les impôts directs, notamment la taille, les impôts indirects, qui portaient sur les produits de consommation courante, constituaient une source de revenu non négligeable pour la royauté, qui les augmentait régulièrement.




La fiscalité royale
Les impôts indirects, portant sur la consommation des boissons, étaient dénommés les aides. Toujours à la recherche de revenus fixes et réguliers, la monarchie avait décidé d’affermer ces impôts indirects. Ainsi, des compagnies privées de banquiers ou financiers avaient acquis le droit de percevoir ces impôts à la place du roi, versant à ce dernier une somme d’argent dont elles se remboursaient sur les contribuables avec, bien évidemment, un bénéfice. Ce sont les fameux fermiers généraux dont les commis étaient surnommés par les vignerons les "rats de cave".
La fiscalité royale sur le vin était lourde, pesant à la fois sur la production, la consommation et la circulation du vin. L’impôt qui intéressait directement le vigneron était bien entendu celui qui portait sur la production.   
Cet impôt était basé sur la totalité de la récolte.
Jusqu’en 1534, les autorités royales se référaient à la déclaration du vigneron concernant le prix de la vente de son vin. Pour éviter les fraudes, François Ier promulga, à cette date, une ordonnance, obligeant les vignerons à ouvrir leurs caves et celliers aux commis des aides, qui établissaient un inventaire des vins détaillé pour toute future vérification. Ces inventaires étaient alors exécutés six semaines après l’ouverture des vendanges.
Le vigneron était alors autorisé à vendre son vin dont le prix déclaré permettait d’établir le droit de vente en gros, dit droit de gros, dont le taux était fixé à 5% du prix de vente (1). Si le vigneron était tenté de déclarer un prix de vente inférieur, la tentation était à ses risques et périls ; le fermier (personne chargée de prélever l’impôt à la place du roi), en cas de soupçon, pouvait se réserver le droit de prendre le vin au prix de vente déclaré par le vigneron, déduction faite du droit de gros. 
Constamment soupçonné de fraude, le vigneron devait, en plus de ce droit de gros, s’acquitter d’autres droits : le droit d’augmentation, le droit de jauge pour la mesure de la capacité du fût, le droit de courtage pour toute transaction commerciale, auxquels s’ajoutait un droit de courtier-jaugeur indépendant du droit de jauge et de courtage.
Ainsi le vigneron, après s’être acquitté de tous ces droits auprès du buraliste, se voyait remettre un "congé" par ce dernier, sorte de laisser-passer pour l’acheteur pour preuve que les droits de vente en gros avaient bien été payés.
Enfin, l’inventaire des vins fait mention des vins vieux et de vins tirés à clair. Le vigneron bénéficiait en effet d’un abattement de droit de gros sur le vin utilisé pour sa consommation personnelle, le vin non vendu ou vin vieux et le vin tiré à clair, c’est à dire débarrassé de sa lie, manipulation vineuse entraînant fatalement une perte.
La dîme

L’arrêt du Conseil d’Etat du Roi de 1787 donne une nouvelle fois la preuve de la lourdeur de la fiscalité royale.
Pointilleuse et soupçonneuse, elle freinait d’autant plus le commerce du vin par la multiplication des droits d’entrée aux villes, sortes de droits de douane, et des droits de circulation, pour l’acheminement du vin.
Ainsi, son commerce, sous l’Ancien Régime, fut plus restreint qu’il ne l’était au Moyen-Age.
Outre la fiscalité royale, d’autres impôts pesaient sur le vigneron.
Parmi eux, la dîme, impôt en nature dû au clergé. Le décimateur, c’est-à-dire le détenteur de la dîme, était donc l’église (abbaye, prieuré, curé).
Comme les grains, le vin était dîmable et était perçu de deux manières différentes. La dîme pouvait être affermée, auquel cas une personne, généralement un vigneron ou un laboureur, la percevait à la place du clergé, après s’être acquitté d’une certaine somme en argent et en nature, fixée préalablement dans un bail. Mais le clergé pouvait également et préférait d’ailleurs, choisir la perception directe. Une personne, le dîmeur, rémunéré par le clergé, était alors chargée de percevoir pour ce dernier la dîme.
La dîme, à Jouy, était détenue majoritairement par le chapitre Notre-Dame de Paris, qui possédait des vignes dans la commune, comme d’ailleurs à Lieux-Vauréal et à Andrésy.
Son taux était de cinq pintes et un tiers de pinte par muid de vin, mesure de Saint-Denis. Une pinte correspondant à peu près à 1,5 litres de vin et un muid à 268 litres, cela signifiait que ce taux était de 2,8% du produit brut. Ce taux, ne dépassant jamais 3% du produit brut, était très modique.
La banalité, l'impôt seigneurial

La banalité consiste, selon la définition courante, en "l’utilisation publique et obligatoire d’un objet appartenant au seigneur".
Le pressoir était soumis à la banalité, devant être obligatoirement utilisé par tous les vignerons. Chaque paroisse, en possédant généralement un ou deux, était donc soumise à la banalité de pressoir, qui constituait un des droits seigneuriaux ou impôts dûs au seigneur.
Ce droit s’élevait, vers le milieu du XVIIe siècle, pour la paroisse de Vauréal, dénommée alors Lieux, à trois pintes (à peu près 1,5 litres) par muid (268 litres) de vin, ce qui représente moins de un pour cent (1). Taux donc extrêmement modique comme l’était celui de la dîme, impôt dû au clergé et prélevé au pressoir.
Peu de vignerons pouvaient d’ailleurs posséder un tel instrument dont le coût et l’entretien étaient élevés. Seul un seigneur ou une abbaye étaient capable d’assurer son bon fonctionnement, compte tenu de sa capacité.
Ainsi, "le pressoir banal coûtait plus qu’il ne rapportait. Il était donc beaucoup plus un instrument de domination et de prestige pour le seigneur qu’une source de profit ; mais, par son intermédiaire obligé, il était un moyen de contrôle de la production et de l’activité économique de la paroisse".(2)
La disparition de la banalité à la Révolution entraîna le développement au XIXe siècle des pressoirs individuels, de plus petites dimensions, parfois même portatifs, et dont le coût de construction comme d’entretien était beaucoup plus faible.

 

Les maladies de la vigne 

 

Outre les calamités climatiques (gelée, grêle, orage) néfastes à la vigne, des maladies, apparues dans la seconde moitié du XIXe siècle, s’y attaquèrent également.

L'oïdium
L’oïdium est "un champignon qui recouvre feuilles et fruits de filaments blancs qui exhalent une odeur de moisi. Les grains se tachent et se crevassent, la végétation est suspendue(1).
Le traitement pour lutter contre cette maladie consiste à soufrer la vigne.
Le vigneron projette à l’aide d’un soufflet de la fleur de soufre par temps humide ou à la suite d’un arrosage afin de fixer le produit. Cette opération de soufrage devait être effectuée au moins trois fois dans l’année :"dès que les bourgeons commencent à se développer, après la floraison, et quand les grains sont parvenus à la grosseur d’un pois. (2)" L’oïdium put être ainsi maîtrisé dès 1860.
Le phylloxera

Minuscule puceron, le phylloxera entraîne la mort du pied de vigne. Il eut des effets beaucoup plus dévastateurs sur le vignoble français.

Introduit en France en 1863, par l'importation de plants américains, deux foyers de propagation, le Gard et la Gironde, s’étendirent progressivement dans le pays, se rejoignant et progressant vers le nord aux alentours de 1880. 
Le vignoble parisien bénéficia alors de cette situation, son vin se vendant à un prix élevé en raison de la pénurie.
"L’invasion phylloxérique avait en effet ralenti sa marche entre la Loire et la Seine et les terres à blé de la Beauce avaient longtemps servi de no man’s land.
Quand le phylloxera atteignit la région parisienne, on savait ce qu’il fallait faire.(3)"
Ainsi, dès 1876, un arrêté de la Préfecture du Département de Seine-et-Oise interdit dans ce département l’introduction de cépages étrangers, ou provenant des autres départements.
En 1890, une brochure sur le phylloxera, publiée par Gustave Rivière, professeur départemental d’agriculture de Seine-et-Oise, fut tirée à près de 8 000 exemplaires et distribuée gratuitement aux vignerons du département.

Un an plus tard, une affiche expliquant le moyen de combattre le phylloxera était disponible dans tous les bureaux de tabac de France. 
Malgré ces mesures, l’invasion phylloxérique en région parisienne fut fulgurante de 1898 à 1900.
Elle s’explique par l’introduction illicite de plants américains, alors toujours interdits dans la région. Le constat de Gustave Rivière qui, en 1899, envoya régulièrement au préfet des rapports sur l’état des vignes en Seine-et-Oise, est accablant.
C’est en fait à l’introduction clandestine des vignes américaines (Othello , Noah) qu’est due la propagation du phylloxera, notamment à Jouy-le-Moutier, déclarée phylloxérée par un arrêté de 1900.
C'est à partir de 1900 que la reconstitution du vignoble s’effectua avec la replantation en plants américains plus résistants au phylloxéra.

 

L'extinction du vignoble parisien 

 

Les raisons invoquées pour expliquer l’extinction du vignoble parisien sont diverses et parfois sujettes à controverse.

Le phylloxera

Il est une des causes avancées à l'extinction du vignoble. Mais au moment de son apparition, la superficie du vignoble parisien avait déjà considérablement diminué :
1789 : 45 000 ha
1825 : 35 000 ha
1860 : 24 000 ha
1900 : 6 000 ha
1920 : 6 000 ha
1934 : 250 ha

Or, après le passage du phylloxera, qui toucha la commune de Jouy-le-Moutier vers 1899, la superficie en vigne pour le département de Seine-et-Oise était toujours la même qu’en 1908.

Il serait donc faux de penser que le phylloxera provoqua la disparition du vignoble parisien, du moins pour l’ancien département de Seine-et-Oise.

La baisse de qualité du vin parisien
La demande accrue des Parisiens pour consommer du vin s’accompagna d’une augmentation des guinguettes, implantées hors du périmètre fiscal de Paris, leur permettant de boire du vin à moindre frais, car exemptées des droits d’entrée qui augmentaient considérablement son prix dans la capitale. Ce sont ces fameuses guinguettes, situées à la Courtille, aux Porcherons ou à la Villette, que loue le poème de Vadé, écrit au milieu du XVIIIe siècle.
C’est durant ce siècle que les vignerons, après le terrible hiver de 1709 qui détruisit nombre de vignes, optèrent pour la quantité au détriment de la qualité. Ils choisirent alors des cépages plus grossiers mais aux rendements plus importants tels que le Gamay. Parallèlement, ils étendirent la superficie de leur vigne sur des terrains non propices à sa culture, comme notamment les vallées basses. La production s’en trouva largement augmentée, mais la qualité diminua considérablement. 


La diversification des cultures
Après la Révolution, la disette en grains poussa les vignerons à abandonner la culture de la vigne, ces derniers, se tournant également vers des cultures nouvelles, comme la pomme de terre, ou vers la culture fruitière.

Les incidents climatiques, mais surtout les maladies de la vigne comme l’oïdium, apparu vers le milieu du XIXe siècle, en découragèrent aussi plus d’un.
Ceux qui persistèrent bénéficièrent par contre d’une période plus propice lorsque, durant la seconde moitié du XIXe, les autres vignobles français furent touchés par le phylloxera, qui épargna jusqu’à la fin de ce même siècle, la région parisienne.

Le développement industriel
Mais la guerre de 1914-1918, le développement industriel et l’urbanisation de la région, accompagnés de la concurrence accrue des vins du Midi eurent définitivement raison du vignoble parisien en ce début de siècle.

 

L'urbanisation 

 

Un nouveau paysage dominé par un habitat pavillonnaire.





 

 

Un village-rue
Situé à flanc de coteau entre l’Oise et les zones d’agglomération nouvelle, le village de Jouy-le-Moutier, constitué à l’origine de plusieurs hameaux, offre aujourd’hui un paysage de village-rue presque continu sur 2600 m.
Les vastes développements urbains venus le border sur sa frange ouest n’ont pas véritablement bouleversé ses paysages, ni sa structure urbaine.
Celle-ci est constituée d’un équilibre entre le site naturel, le parcellaire très morcelé d’origine agricole, et un bâti aux formes variées (maisons de pierres à cour fermée, maison bloc de la société vigneronne, maisons bourgeoises entourées d’un parc, bâtiments d’exploitation agricole, murs, clos). Elle s’est révélée relativement stable au cours des temps.
Le maillage des rues est un peu dense, formé essentiellement de la voirie principale. Il est cependant largement complété par de nombreux chemins.
L’habitat pavillonnaire
Les dernières décennies ont amené une autre forme bâtie dans le village : l’habitat pavillonnaire.
Son implantation s’est faite au coup par coup, au gré des parcelles disponibles. Seules quelques opérations d'ensemble, de faible importance, se sont greffées au village. Le rythme d’évolution de ce quartier est donc resté modéré.
L’habitat pavillonnaire s’est implanté à l’arrière du fond bâti, dans les jardins, vergers, potagers, dissimulés par les constructions anciennes et leurs hautes clôtures, dans les anciens parcs en bordure d’Oise, lieu de villégiature traditionnelle, et parfois le long de la RD 55, là où le paysage traditionnel s’efface - principalement entre Jouy-centre et le hameau de Vincourt surtout.
Confrontés à la concurrence des grands centres voisins, les commerces du village ont quasiment disparu.

La ZAC de Jouy-le-Moutier
Créée par un décret ministériel de 1975, la Zone d’Aménagement Concerté (ZAC) de Jouy-le-Moutier occupe une superficie totale d’environ 300 ha, entre la forêt domaniale de l’Hautil qui domine le site et la base de loisirs des étangs de Cergy-Neuville en contre bas de ce plateau.
Une grande partie des nouveaux quartiers de la ZAC de Jouy a été réalisée à la suite d’un concours international d’architecture visant à concevoir des " maisons de ville ", c’est à dire des maisons individuelles, accolées mais indépendantes, avec un jardin, et bénéficiant à proximité de tous les équipements de la ville (commerces, équipements culturels, sportifs, sociaux). Le caractère urbain est donné par la constitution des rues (avec des maisons ouvrant sur l’espace public), la continuité du bâti et les volumes d’une hauteur de 2 niveaux.
Quant aux îlots d’habitat collectif, ils sont localisés sur des points privilégiés du site, soit à proximité immédiate des équipements principaux du secteur, soit au voisinage des parcs boisés et ne dépasse en aucun cas cinq niveaux.
Un maillage de voies plus larges permet d’accéder par des carrefours à espacements réguliers aux voies de desserte de ces quartiers, ainsi mieux protégés. Mais ce dispositif est aujourd’hui insuffisant en raison de l’intensification de la circulation à Jouy-le-Moutier. Seules la V88, voie rapide de contournement de l’agglomération,  et le bouclage de la Francilienne (A104) de Méry à Orgeval, pourront réduire les nuisances.
 
 
Sources: Mairie de Jouy le Moutier:  http://www.jouylemoutier.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
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